Articles récents
AccueilActivités« Il ne faut pas regretter d’avoir vécu sa vie! » : Blessés – Exposition au Musée canadien de la guerre

« Il ne faut pas regretter d’avoir vécu sa vie! » : Blessés – Exposition au Musée canadien de la guerre

Par Spencer McBride, Le Gardien –

L’exposition intitulée Blessés illustre la violence de la guerre avec des photos de vétérans blessés émouvantes et touchantes. La nouvelle exposition au Musée canadien de la guerre présente 18 photographies qui vous mettent personnellement et de près en présence de ces vétérans des Forces armées canadiennes, tout en racontant leur histoire marquée à la fois par la lutte et la victoire. Le photojournaliste lauréat Stephen J. Thorne a été inspiré de créer cette série par les récits qu’il a entendus et par ce qu’il a vu pendant le temps qu’il a passé en Afghanistan en tant que journaliste entre 2002 et 2004. Les articles qu’il a écrits lui ont montré que, souvent, les blessés ne recevaient pas l’attention qu’ils méritaient. M. James Fleck, Ph. D., un des administrateurs du Musée de la guerre, a formulé l’observation suivante : « Quand nous parlons de la guerre, nous parlons de la perte de vies humaines, mais moins souvent des blessés. »

À l’origine, l’exposition a été conçue en partenariat avec la revue Légion, qui a publié seize des photos en ligne en 2017. Jennifer Morse, directrice générale de Canvet Publications Ltd., éditeur de la revue, souligne que, « quand la revue Légion a publié les photographies de Stephen Thorne, la réaction a été immédiate et puissante […] M. Thorne s’est avéré un ambassadeur distingué et efficace de ces vétérans. »

Les 18 gigantesques et massives photos en noir et blanc des vétérans dominent le grand passage qui sépare les expositions permanentes et l’atrium du Musée rempli de machines; les photos sont de grandeur nature, et cela leur donne tout leur sens. Le conservateur Andrew Burtch, Ph. D., souligne ce qui suit : « Il importait de les imprimer ainsi à l’échelle et de les placer au niveau des yeux, car nous voulions nous assurer que les visiteurs ne regarderaient pas simplement des photos, mais qu’ils feraient aussi la connaissance des soldats qui y figurent. »

De même, l’encadrement en noir et blanc fait écho aux conflits antérieurs si bien connus du public, car le lien qu’il établit avec les guerres mondiales évoque le prix continu que tant de vétérans paient jour après jour. Thorne s’est donné comme mission d’exposer ce prix au public et de faire en sorte que les blessés reçoivent l’attention qu’ils méritent. « En anglais, le mot « injured » (blessé) traduit mal les véritables conséquences, dit-il. Il réduit toutes les horreurs qu’ils ont vécues à l’équivalent d’une entorse. C’est un euphémisme, comme les expressions  » dommage collatéral  » ou  » tirs fratricides  » », un euphémisme qui ne fait pas comprendre les effets profonds et durables que ces tragédies ont sur la vie du soldat. » Pour M. Thorne, le mot anglais « wounded » (blessé) ne rend toujours pas compte à fond de toutes les épreuves qu’ils ont traversées, mais il le fait mieux que le mot « injured ».

L’exposition Blessés commence par un avertissement sur les récits explicites décrivant les douleurs que cause la guerre. Certaines des blessures sont effectivement poignantes, et les descriptions qui les accompagnent sont souvent terrifiantes. Cependant, l’exposition elle-même inspire l’espoir plutôt que la terreur. La photo de chaque vétéran raconte un triomphe qui a eu lieu dans le passé, ou qui est encore en devenir.

Les aspects contrastants de chaque récit transparaissent dans l’austérité des photos. Impossible dès lors de ne pas être interpellé personnellement par les vétérans! Le caporal‑chef André Girard a perdu 30 p. 100 de son crâne, mais il lui a fallu plus longtemps pour guérir de la culpabilité ressentie parce qu’il avait survécu alors que d’autres membres de son unité avaient péri. Les blessures du capitaine Justin Brunelle ont nécessité 20 opérations, 400 agrafes et 2 000 points de suture; bien qu’il admette qu’il a dû lutter, il hausse encore les épaules en disant : « Les choses auraient pu être pire! » Après que son véhicule eut été frappé par une bombe en bordure de route, le caporal‑chef Natacha Dupuis s’est mise au sport pour guérir du trouble de stress post‑traumatique (TSPT); elle a fini par remporter des médailles aux Jeux Invictus en 2016 et 2017. Le caporal‑chef Paul Franklin conserve une attitude positive malgré la perte de ses deux jambes emportées par une bombe humaine. Quand il parle des difficultés qu’il a dû surmonter, il emploie des mots qui définissent l’attitude de nombreux vétérans : « Il ne faut pas regretter d’avoir vécu sa vie! »

Certains des vétérans dont la photo fait partie de l’exposition étaient présents au moment de l’ouverture et ils ont reçu une ovation debout pour leur courage. Les conservateurs du Musée les ont salués également, tout en établissant un contraste avec les vétérans de conflits antérieurs qui avaient tendance à manifester leur propre courage dans les efforts qu’ils déployaient pour protéger les autres contre l’horreur de la guerre et qui choisissaient de ne parler de leur expérience qu’à ceux qui l’avaient vécue à leurs côtés.

Stephen Thorne a constaté cette approche chez certains vétérans dont il avait demandé la participation. L’un d’eux lui avait répondu : « Mes expériences, je préfère les garder dans ma tête. La guerre est quelque chose que je veux laisser dans le passé. » Ceux qui ont décidé de prendre part à l’exposition ont estimé qu’il était de leur devoir de partager tout ce qui pourrait en aider d’autres vivant des situations semblables; ils ont souvent pensé que c’était un volet nécessaire de leur guérison. Chacune de ces approches a sa propre valeur, et nulle n’est meilleure que les autres : il s’agit simplement pour la personne concernée de savoir ce qui donne les meilleurs résultats dans son cas.

Pour S. Thorne, les photos « mettent en lumière les conséquences immédiates de la guerre ainsi que la fragilité et la force du corps humain. » La gamme des blessures subies par les vétérans va de la perte de membres au TSPT en passant par d’horribles cicatrices et des cauchemars au sujet d’êtres chers disparus, mais le véritable récit raconté par l’exposition est celui du rétablissement de ces soldats. M. Burtch a parlé avec passion de ce processus en disant : « Ces vétérans représentent un groupe de personnes qui, après être revenues de la guerre, doivent combattre de nouveau tout simplement pour retrouver une vie normale. C’est là un énorme volet du combat dû à la guerre, et c’est pourquoi l’exposition ne se rapporte pas seulement aux vétérans, mais aussi à leur réseau de soutien. » En effet, les récits des parents et des conjoints font partie intégrante de l’exposition et ils aident le public à comprendre comment les blessures ont transformé les vétérans et à quel point ils ont dû lutter pour surmonter ces défis et devenir la nouvelle personne qu’ils voulaient être. Comme S. Thorne le précise : « Se rétablir, ce n’est pas retourner à ce que l’on était auparavant, mais aller de l’avant pour devenir quelqu’un d’autre. »

Vous pouvez lire le récit de chaque vétéran en vous rendant à l’exposition qui durera du 15 février au 2 juin 2019, ou au site du Musée canadien de la guerre. Chaque vétéran raconte une expérience personnelle que n’importe qui peut faire sienne, et les magnifiques photos aident le public à comprendre les épreuves que ces soldats ont traversées. Je laisse le dernier mot à Stephen Thorne, pour qui ces hommes et ces femmes « représentent, par leur courage, leur sacrifice et leur dévouement, ce que le Canada a de mieux à offrir. »

Cet article est également disponible en : English (Anglais)

Pas de commentaires

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d bloggers like this: