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Souvenir, respect et dignité

Par Commodore Josée Kurtz, OMM, CD, Directeur général – Sécurité de la Défense – 

Chaque année, au jour du Souvenir, les Canadiennes et les Canadiens se rassemblent aux cénotaphes présents partout au pays pour rendre hommage à ceux et celles qui ont fait le sacrifice ultime au nom de la paix et de la liberté. Alors que nous faisons une pause pour reconnaître nos soldats tombés au combat, nous prenons également un moment pour penser à ceux qui sont revenus de leur mission et qui souffrent, physiquement et émotionnellement, des répercussions de la guerre, des conflits et du service.

À l’approche du 11 novembre, la saison apporte le froid, l’humidité et les conditions venteuses. De plus, même si, en tant que Canadiennes et Canadiens, nous sommes conditionnés à faire face à ces circonstances, nous ressentons toujours le vent glacial à travers nos épais manteaux de laine. Ce refroidissement sert de rappel aux rudes conditions auxquelles nos braves soldats font face pendant leur service. Il nous rappelle également les cicatrices qu’ils continuent de porter, autant physiques que mentales.

Parfois, ces blessures sont tellement profondes qu’elles empêchent certains de retrouver la vie dont ils ont joui autrefois. La fin du service, le chômage, la honte, l’isolement social, la toxicomanie et la pauvreté sont souvent le résultat de ces cicatrices. Malheureusement, ces conditions peuvent ouvrir la voie à une fin tragique. Dans ces cas, la mort est l’ultime arbitre du destin de ce militaire autrefois fier et les moyens suffisants pour des funérailles et une inhumation décentes continuent de laisser à désirer.

Chaque histoire d’ancien combattant est unique. Par contre, je trouve que l’histoire du soldat James Daly est particulièrement touchante.

En décembre 1908, deux policiers ont trouvé un sans‑abri inconscient dans l’embrasure d’une porte au centre‑ville de Montréal. Ils l’ont amené à l’hôpital voisin où il a été diagnostiqué comme étant en état d’ivresse et il a été placé dans une chambre pour récupérer. Lorsque le préposé responsable, Arthur Hair, a jeté un coup d’œil au soi‑disant ivrogne, il a remarqué une enveloppe bleue sortant de la poche de l’homme. Étant lui‑même un ancien combattant de la guerre d’Afrique du Sud, M. Hair connaissait ce genre d’enveloppe, émise par le bureau du War Office britannique : elle contenait la libération honorable du soldat James Daly qui avait servi l’Empire pendant plus de 20 ans. Cette enveloppe bleue représentait l’unique possession du soldat.

Le soldat Daly n’était pas ivre – il souffrait simplement d’hypothermie et de malnutrition. Il est décédé deux jours plus tard, à l’âge de 53 ans. Puisque son corps n’a pas été réclamé, ses restes seraient remis à la science à des fins de recherche médicale, comme c’était la coutume à l’époque.

M. Hair, choqué par ce manque de respect envers l’ancien combattant, a recueilli des fonds auprès d’amis et de collègues pour donner au soldat des funérailles décentes et en toute dignité. Le soldat Daly a été inhumé au cimetière Notre‑Dame‑des‑Neiges sur le Mont‑Royal.

Grandement touché par les gestes émotionnels et financiers de ses amis, Arthur Hair ne s’est pas contenté d’arrêter de recueillir des fonds à la suite des funérailles du soldat Daly. En fait, il est devenu si préoccupé par le sort des personnes comme M. Daly qu’il a fondé le Fonds du Souvenir. Depuis ce jour, le Fonds du Souvenir a offert des avantages financiers à près de 150 000 militaires, hommes et femmes.

Le Fonds du Souvenir vise à faire en sorte qu’aucun ancien combattant ne se voie refuser des funérailles et une inhumation faites en toute dignité, ni une pierre tombale militaire, en raison d’un manque de ressources financières au moment du décès. Son mandat principal est d’offrir le Programme de funérailles et d’inhumation d’Anciens Combattants Canada qui vise à assurer des funérailles et une inhumation empreintes de dignité aux vétérans canadiens et alliés admissibles. Juste l’année dernière, le Fonds du Souvenir a approuvé 1 174 demandes d’aide, y compris 445 pour des anciens combattants de l’ère moderne.

Le Fonds du Souvenir possède et gère son propre cimetière militaire, le Champ d’honneur national, qui est situé à Pointe‑Claire, au Québec. C’est le seul cimetière canadien entièrement réservé aux militaires et aux membres des services de police qui ont effectué une mission internationale, et aux membres de leur famille immédiate. Au Champ d’honneur national, le lieu du dernier repos pour plus de 22 000 militaires, hommes et femmes, les généraux reposent à côté de soldats, les récipiendaires de la Croix de Victoria à côté de ceux qui n’ont pas reçu de médailles, les nantis à côté de ceux qui sont morts sans le sou.

Le Fonds du Souvenir a également créé le Programme de pierres tombales, qui vise à fournir des sépultures militaires identifiées pour les tombes anonymes d’anciens combattants. À ce jour, 3 682 anciens combattants autrefois non identifiés ont pu l’être et ils ont reçu une stèle appropriée.

En tant qu’organisme national à but non lucratif, le Fonds du Souvenir est soutenu financièrement par Anciens Combattants Canada et par des dons privés. Le bureau national est situé à Montréal avec des conseils et des bénévoles dans toutes les provinces. La gouverneure générale en est la présidente d’honneur.

Alors que nous faisons de notre mieux pour rendre hommage à nos camarades morts ou blessés au combat, nous devons également essayer d’offrir la dignité à ceux et celles qui peuvent avoir besoin de soutien supplémentaire.

Si vous connaissez un ancien combattant qui pourrait être admissible à des prestations conformément au Programme de funérailles et d’inhumation d’Anciens Combattants Canada ou si vous connaissez un militaire canadien ou allié dont la tombe demeure anonyme, veuillez communiquer avec le Fonds du Souvenir à l’adresse http://www.lastpostfund.ca/FR/. Le site Web offre également des renseignements sur la façon de faire un don, y compris le numéro d’enregistrement d’organisme de bienfaisance canadien, pour les dons effectués par l’intermédiaire de la Campagne de charité en milieu de travail du gouvernement du Canada (CCMTGC).

Aidez‑nous à faire en sorte qu’aucun ancien combattant ne connaisse jamais le sort du soldat James Daly.

N’oublions jamais.

Photo : Services d’imagerie de l’USFC(O)

 

 

 

Cet article est également disponible en : English (Anglais)

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